News — June 18, 2017 at 11:21 pm

Manuel Valls, la victoire sans gloire

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Manuel Valls a laissé filtrer une seule photo de sa campagne législative. On le voit en doudoune grise assis à une table de banquet, les bras croisés. Il se concentre, disputant avec un adversaire anonyme une partie d’échecs… Cette partie-là, Manuel Valls l’a perdue… Il l’emporte en revanche sur le fil du rasoir dimanche soir face à Farida Amrani la candidate de La France insoumise. Il l’a annoncé lui-même : « Avec la prudence qui s’impose, je suis élu avec 50,3 % des voix, 139 voix d’avance. » Son adversaire a demandé un recomptage.

C’est l’épilogue sans gloire d’une campagne discrète, au cours de laquelle Manuel Valls a fermé toutes les portes. Une campagne en catimini, une campagne en silence, après la claque de sa défaite à la primaire de la gauche, et la double humiliation qui s’est ensuivie : n’avoir pas obtenu l’investiture de La République en marche comme il l’avait publiquement réclamée, n’avoir pas obtenu l’investiture du PS, façon pour son parti de le sanctionner pour avoir réclamé une autre étiquette.

Il a mené sa campagne tout seul, allant, et c’était déjà chez lui le signe que l’heure était grave, jusqu’à n’embaucher personne pour s’occuper de sa communication. Manuel Valls, qui travaille son image au détail près depuis des années, qui pendant cinq ans s’est forgé à la serpe un costume de ministre de l’Intérieur puis de Premier ministre qui devait se transformer en costume de président, a abandonné les artifices.

Chronique d’une descente aux enfers

Retracer l’année qui a valu à Manuel Valls d’en arriver là, au fond du trou, au moment le plus dur de sa vie politique, c’est établir la chronique d’une descente aux enfers. Tout démarre fin août 2016, avec la démission fracassante d’Emmanuel Macron du gouvernement. À ce moment-là, Manuel Valls ne croit pas que son fringuant ministre de l’Économie puisse parvenir à ses fins. Être élu président de la République sans aucune expérience, à 39 ans à peine ? Foutaises !

En novembre 2016, lui qui soutenait jusque-là mordicus François Hollande par « loyauté » se dit, dans le Journal du dimanche, « prêt » pour 2017. L’entourage du chef de l’État, qui n’a pas encore abandonné, est furieux. Lorsque François Hollande annonce le 1er décembre qu’il ne se présente pas pour un second mandat, le coupable aux yeux des socialistes légitimités, et ils sont nombreux, est tout trouvé.

Déstabilisé par les attaques, Manuel Valls se lance dans une campagne stratégiquement difficile à suivre. Qui donne le sentiment que Manuel fait campagne contre Valls, enchaînant les propositions incomprises parce qu’allant à l’encontre de tout ce qu’il défendait depuis sa première candidature à une primaire de la gauche, à l’automne 2011. Il voulait alors « déverrouiller » les 35 heures ? Il n’est cette fois plus question de toucher à la durée légale du temps de travail. Il voulait supprimer l’impôt sur la fortune, « inutile et peu rentable » ? Une idée jetée aux oubliettes. Quant à la défiscalisation des heures supplémentaires, il veut, aujourd’hui, rétablir cette mesure. Et que dire de sa volonté de rayer de la Constitution le 49.3 hors texte budgétaire ? Lui qui a dégainé cette arme six fois lors de son séjour à Matignon…

Les électeurs socialistes et sympathisants lui font payer l’addition de ces choix, mais surtout lui font payer le quinquennat dans son ensemble, en désignant Benoît Hamon candidat du PS à la présidentielle.

« Il a été trop précurseur »

« Finalement, il a été trop en avance, trop précurseur », lâche Didier Guillaume, qui fut son directeur de campagne. Emmanuel Macron, de fait, a emporté la présidentielle en faisant campagne à la droite de la gauche, sur un positionnement social-libéral assumé, en prônant le dépassement des partis puisqu’il jugeait ces derniers morts. Soit tout ce que tente en vain d’incarner Manuel Valls depuis des années… La suite ? C’est son ami Francis Chouat, qui lui a succédé à la mairie d’Évry, qui la raconte : « Manuel n’a pas quitté le PS. Pour lui, la question n’est pas celle-là, la question de la recomposition politique sera le lendemain des législatives. Ce qui est sûr, c’est que Valls siégera à gauche. Je ne sais pas comment à gauche, mais au sein de la majorité présidentielle. »

Finalement, une chose est sûre, après cette période d’abstinence médiatique, ce que Valls peut espérer de mieux dans les semaines à venir, poursuit Chouat, c’est « le ministère de la parole ».

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